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AnalyseJuin 2026

Au-delà du pétrole : l'accord Bpifrance–Irak et le temps de la diversification

Analyse économique d'un partenariat qui dépasse l'énergie — et le rôle qu'EMA entend y jouer

European Mesopotamia Alliance
Au-delà du pétrole : l'accord Bpifrance–Irak et le temps de la diversification

Le 16 janvier 2026 dernier, à Bagdad et à Paris simultanément, BPI FRANCE et le Fonds Irakien de Développement (IFD) ont signé un protocole d'accord destiné à promouvoir la diplomatie économique et à développer les opportunités d'affaires entre l'Irak et la France.

L'annonce brève pouvait sembler protocolaire. Elle marque cependant un tournant majeur : pour la première fois et ce depuis longtemps, enfin le rapprochement économique entre l'Europe et l'Irak s'écrit ailleurs que dans les seuls champs pétroliers.

Ce que dit l'accord

Le Fonds Irakien de Développement, créé en 2023 et dirigé par S.E. Mohamed Al Najjar, a une feuille de route claire : améliorer l'environnement d'investissement du pays, développer des ressources économiques non pétrolières, attirer des financements privés vers des projets stratégiques et former les talents irakiens. En face, BPI FRANCE — la banque publique d'investissement française — apporte ce qu'elle sait faire de mieux : le financement, les garanties et assurances, le renforcement des fonds propres, l'appui à l'export et la mise en réseau.

Les deux institutions ont ainsi identifié plusieurs secteurs prioritaires ambitieux et qui en disent long sur l'importance de cet accord : environnement et énergies renouvelables, transformation numérique, logement, éducation et industrie intelligente. Aucun baril à l'horizon. C'est là tout l'intérêt et l'originalité.

La lecture économique : sortir du piège mortifère de la rente

L'économie irakienne reste l'une des plus dépendantes au monde à ses hydrocarbures, qui contribuent pour l'essentiel à ses recettes publiques et à ses exportations.

Cette mono-dépendance a un nom en économie — la malédiction des ressources — et des effets néfastes bien connus : budgets à la merci du cours du brut, secteurs non pétroliers étouffés ou inexistants, emplois insuffisants pour une population jeune, nombreuse et en forte croissance. La diversification n'est pas, pour l'Irak, un slogan : c'est une nécessité vitale de stabilité et de pérennité.

Et c'est précisément ce que vise l'accord. En ciblant précisément le logement (où le déficit se chiffre en millions d'unités) ou l'éducation et la formation (pour former une démographie jeune), le numérique et l'industrie (pour créer de la valeur ajoutée locale) et les énergies renouvelables (pour répondre à des pénuries d'électricité chroniques) : les deux partenaires s'attaqueront aux besoins structurels du pays et non plus seulement à l'extraction de sa richesse souterraine.

Pourquoi la finance publique d'abord

On pourrait s'étonner que ce soit une banque publique, et non des entreprises privées, qui ouvre le bal. C'est au contraire la logique même de ce type d'accord. Le frein numéro un à l'investissement en Irak n'est pas le manque d'opportunités : c'est d'abord le risque perçu par les investisseurs. Or les institutions financières de développement, comme BPI FRANCE, jouent un rôle de catalyseur. Par leurs garanties et leurs cofinancements, elles abaissent le coût du capital, rassurent les acteurs privés et « entraînent » derrière elles des investissements qui, seuls, ne se feraient pas. Un protocole de ce type ne déplace pas immédiatement des milliards ; il crée un cadre rassurant qui rend ces financements possibles en transformant un terrain jugé incertain en pipeline de projets bancables.

Les deux dirigeants de ces nobles établissements ne s'y trompent pas, et emploient presque les mêmes mots : un monde « où la géopolitique évolue rapidement », des « dynamiques mondiales » qui changent. Derrière la prudence diplomatique, une stratégie assumée : à l'heure où les routes commerciales se fragilisent et où chacun cherche à diversifier ses partenaires, l'Irak comme la France ont intérêt à multiplier les ancrages. Cet accord est un acte de résilience autant qu'un appel à promouvoir les affaires.

Une dynamique, pas un aboutissement

Il faut rester lucide sur la nature de l'instrument. Un protocole d'accord est une intention structurée, pas un carnet de commandes. Sa valeur se mesurera à ce qu'il produit : combien de projets concrets, combien d'entreprises effectivement accompagnées, combien d'emplois créés sur le terrain. L'environnement des affaires irakien — lourdeurs administratives, sécurité juridique, infrastructures — reste exigeant. Le mérite de cet accord est d'ouvrir une porte ; encore faut-il l'ouvrir et la franchir, projet après projet. C'est aussi pourquoi ce mouvement ne saurait rester franco-irakien. Ce que Paris engage aujourd'hui, d'autres capitales européennes ont tout intérêt à l'engager demain. La diversification de l'Irak appelle une réponse européenne large, et non une succession d'initiatives isolées.

Le rôle d'EMA

C'est exactement là que se situe la raison d'être d'European Mesopotamia Alliance. Les accords entre États et institutions financières posent le cadre ; mais les affaires, elles, se nouent entre des entreprises, des investisseurs et des experts. Entre les deux, il manque souvent un maillon essentiel : celui qui connaît les deux rives, réduit l'asymétrie d'information, identifie et qualifie les projets, met en relation les bons interlocuteurs et accompagne la confiance jusqu'à la décision. Ce maillon, EMA entend l'incarner.

Notre valeur ajoutée est triple. D'abord, élargir la perspective au-delà du seul axe franco-irakien, en mobilisant un réseau européen — institutions, entreprises, investisseurs, experts. Ensuite, transformer le cadre en flux : repérer les opportunités concrètes dans les secteurs prioritaires (renouvelables, numérique, logement, éducation, industrie), les faire connaître et les accompagner. Enfin, réduire le risque perçu par la connaissance fine du terrain, la mise en réseau et un travail patient sur la confiance — la matière première de tout investissement de long terme.

L'accord BPI FRANCE – IFD confirme ce que nous croyons : le rapprochement entre l'Europe et l'Irak n'est plus une affaire de pétrole, c'est une affaire d'avenir partagé. Les institutions tracent la route. À nous, acteurs du terrain, de faire circuler ceux qui l'emprunteront.

À retenir
  • Protocole Bpifrance × Fonds Irakien de Développement, signé le 16 janvier 2026
  • Cap sur les secteurs non pétroliers : renouvelables, numérique, logement, éducation, industrie intelligente
  • La finance publique comme catalyseur de l'investissement privé
  • Une dynamique à élargir à l'échelle européenne — le terrain d'action d'EMA
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