Télécharger l'étude complète (PDF)Un lien invisible aujourd'hui — mais pas dans l'histoire
Entre l'Irak et les îles du sud-ouest de l'océan Indien — Madagascar, les Comores, Maurice, les Seychelles, La Réunion, Mayotte — il n'existe aujourd'hui pratiquement aucun flux : ni liaison aérienne directe, ni ligne maritime régulière, un commerce bilatéral statistiquement résiduel, aucune convention de coopération structurante. Cette absence est un fait contemporain. Elle n'est pas un fait historique.
Pendant cinq siècles au moins, la Basse-Mésopotamie a constitué le terminus occidental d'un système maritime dont la frontière méridionale atteignait le canal du Mozambique. Ce système a laissé des traces linguistiques, religieuses, démographiques et littéraires encore lisibles aujourd'hui — des deux côtés.
Trois démonstrations
1. Un lien historique documenté, datable et mesurable
Le lien entre la Mésopotamie abbasside et le monde insulaire du sud-ouest de l'océan Indien ne relève pas de la reconstruction diplomatique de circonstance. Les plus anciennes mentions textuelles connues de la zone malgache proviennent d'un corpus compilé dans le Golfe à destination des milieux marchands de Bassorah — les Merveilles de l'Inde. Le lexique malgache conserve un fonds arabe structuré ; la Basse-Mésopotamie porte encore la trace démographique du commerce est-africain, et la mémoire, douloureuse, du fait zanj.
2. Un lien aujourd'hui réactivable — pour des raisons qui n'ont rien de sentimental
Trois dynamiques convergent. D'abord, la reconfiguration des routes maritimes provoquée par les perturbations de la mer Rouge, qui replace le canal du Mozambique sur la trajectoire des flux énergétiques Golfe–Europe. Ensuite, le projet portuaire et ferroviaire irakien d'Al-Faw et de la Route du Développement, qui vise précisément à transformer l'Irak en couloir de transit entre l'océan Indien et l'Europe. Enfin, la présence, dans cette région, de deux régions ultrapériphériques de l'Union européenne — La Réunion et Mayotte — qui font de l'océan Indien un espace où le droit européen s'applique.
3. Un sujet au cœur du mandat de l'EMA
L'Association a pour objet statutaire de faire le pont entre la France, l'Union européenne et l'Irak. L'océan Indien occidental est l'un des rares théâtres où ces trois termes coexistent physiquement : territoire français, territoire européen, bassin océanique dont l'Irak est riverain par le Golfe. Un axe « océan Indien » n'est donc pas une extension hors mandat ; c'est une application directe du mandat, sur un terrain où la concurrence institutionnelle est faible et où aucun acteur arabe autre que les monarchies du Golfe n'est établi.
Le levier institutionnel : multilatéral avant d'être bilatéral
Le levier le plus rapide n'est pas bilatéral. C'est la Commission de l'océan Indien (COI), dont la France est membre au titre de La Réunion, et l'Indian Ocean Rim Association (IORA), où l'Irak n'est pas représenté alors que sa qualité d'État riverain du bassin, par le golfe Persique, est défendable. Les Comores constituent le point de jonction unique : seul État insulaire de la zone membre à la fois de la Ligue arabe et de l'OCI, aux côtés de l'Irak. La Réunion constitue le point d'appui européen : territoire de l'Union, université active sur l'océan Indien, base logistique régionale.
Le volet le plus finançable est scientifique et culturel
Le volet le plus immédiatement finançable n'est pas commercial : il est scientifique et culturel. Le corpus historique commun permet un projet académique crédible — comité scientifique restreint (histoire de l'océan Indien, linguistique malgache, archéologie mésopotamienne), colloque international, double publication scientifique et médiatique — éligible à des financements européens, à forte valeur médiatique et à coût limité. C'est cet actif documentaire qui rend crédibles, ensuite, les démarches institutionnelles.
Une feuille de route séquencée
Les recommandations sont classées par coût d'entrée croissant, chacune produisant l'actif institutionnel nécessaire à la suivante. À 0–6 mois : constituer le capital documentaire — publier l'analyse en versions scientifique et médiatique, réunir un comité scientifique restreint, faire valider les sensibilités souveraines. À 6–12 mois : ancrage institutionnel — ouvrir l'axe réunionnais, documenter une demande de statut d'observateur auprès de la COI, préparer une note de position sur l'adhésion irakienne à l'IORA, activer le canal comorien. À 12–24 mois : production de valeur — colloque international et premiers projets conjoints.
Des lignes de faille souveraines à ne pas ignorer
Le sujet comporte des lignes de faille souveraines sérieuses — Mayotte, l'archipel des Chagos, les îles Éparses — sur lesquelles l'Irak a parfois des positions héritées. La note n'y prend aucune position : elle les recense à titre strictement descriptif. Aucun document externe ne doit être diffusé sans revue juridique préalable.
Conclusion
L'axe océan Indien n'est pas une nouveauté à inventer : c'est une géographie ancienne à réactiver, sur un terrain où la France est chez elle, où l'Europe applique son droit, et où l'Irak dispose d'une profondeur historique unique. Pour l'EMA, c'est un rare alignement entre le mandat, la faisabilité et le calendrier — à condition d'avancer par la preuve scientifique avant la démarche diplomatique, et de ne jamais franchir les lignes de souveraineté sans validation juridique.
- Cinq siècles de liens maritimes entre la Basse-Mésopotamie et l'océan Indien, encore lisibles dans la langue, la religion et la démographie
- Le levier le plus rapide est multilatéral : la Commission de l'océan Indien (COI) et l'IORA, où l'Irak n'est pas encore représenté
- Les Comores, point de jonction unique (Ligue arabe + OCI) ; La Réunion, point d'appui européen (territoire de l'UE)
- Le volet le plus immédiatement finançable est scientifique et culturel, non commercial
- Lignes de faille souveraines (Mayotte, Chagos, îles Éparses) : aucune diffusion externe sans revue juridique préalable
D'après la note d'analyse stratégique n° 2026/01, « L'Irak et l'océan Indien : archéologie d'un lien oublié », EMA, août 2026. Les données chiffrées sont fournies à titre d'ordres de grandeur et doivent être vérifiées aux sources officielles.
