EMAEMAEuropean Mesopotamia Alliance
ÉditorialJuin 2026

L'heure des alliances

Pourquoi l'instabilité du Golfe rend le rapprochement entre l'Europe et l'Irak plus nécessaire que jamais

Éditorial — European Mesopotamia Alliance
L'heure des alliances

Il aura suffi de quelques jours. Un conflit régional, plus de deux cents navires à l'ancre autour du détroit d'Ormuz, et les prix de l'énergie se sont aussitôt tendus : le baril repart à la hausse, le gaz bondit, les banques centrales révisent leurs scénarios. L'Europe, une fois encore, découvre à quel point sa prospérité dépend de routes lointaines et de fournisseurs sur lesquels elle n'a pas la main.

Cette fois, les économistes se veulent rassurants : le choc serait bien moindre qu'en 2022. L'offre est abondante, l'euro solide, l'inflation contenue. Soit. Mais derrière le soulagement de court terme se cache une vérité que nous ne devons pas esquiver. En se détournant de l'énergie russe, l'Europe a réduit une dépendance — pour en créer une autre. Elle dépend désormais davantage du Golfe, et donc d'un unique point de passage, le détroit d'Ormuz, par lequel transite près d'un cinquième du pétrole mondial. Le risque n'a pas disparu. Il a changé d'adresse.

C'est précisément cette leçon qui doit nous mobiliser. Car la réponse à une vulnérabilité de ce type n'est ni le repli ni l'attente : c'est la diversification. Et la diversification, en matière stratégique, porte un autre nom — celui d'alliance.

L'Irak, partenaire de la résilience européenne

Dans cette équation, l'Irak occupe une place que l'on sous-estime trop souvent. Grande nation pétrolière et gazière, voisine immédiate des foyers de tension, le pays est à la fois exposé aux crises et porteur de solutions. Aider l'Irak à valoriser ses propres ressources — capter le gaz aujourd'hui brûlé à la torche, moderniser ses champs, développer le solaire, sécuriser son eau — ce n'est pas seulement servir le développement irakien. C'est renforcer la souveraineté énergétique de Bagdad, réduire son recours aux importations de ses voisins, et offrir à l'Europe un partenaire plus stable et plus fiable.

Les grands projets industriels déjà en cours dans le sud du pays montrent que ce rapprochement n'est pas une vue de l'esprit : il crée des emplois, de l'énergie, des infrastructures, et de la valeur pour les deux rives. Ce que nous voyons à l'œuvre, ce sont des ponts concrets. Notre conviction, à EMA, est qu'il faut en bâtir davantage, et plus vite.

Pourquoi maintenant

Les alliances ne se décrètent pas en temps calme ; elles se nouent quand les lignes bougent. Un conflit aux portes de l'Irak place le pays, comme l'Europe, devant des choix d'ancrage. C'est dans ces moments que l'on mesure la valeur d'un partenaire qui propose autre chose qu'une transaction : un investissement de long terme, un transfert de savoir-faire, un accès au marché, une présence dans la durée.

Et l'énergie n'est qu'un commencement. La fragilité des routes maritimes — Ormuz hier, la mer Rouge et Suez aujourd'hui — relance l'intérêt de corridors terrestres reliant le Golfe à l'Europe à travers l'Irak. La transition écologique appelle des coopérations où l'Europe apporte la technologie et l'Irak l'ensoleillement et le besoin. La reconstruction, l'eau, la sécurité alimentaire ouvrent autant de terrains où nos intérêts convergent. Ce sont des domaines stratégiques au plein sens du terme, et ils attendent des bâtisseurs.

Lucides, pas opportunistes

Que l'on ne s'y trompe pas : nous ne plaidons pas pour un enthousiasme aveugle. L'Irak demeure exposé à l'instabilité, et une partie de ses propres exportations dépend encore du Golfe. C'est justement pourquoi les alliances que nous appelons de nos vœux doivent être pensées pour durer et pour résister : des routes multiples plutôt qu'un passage unique, des partenariats institutionnels plutôt que des coups d'opportunité, un horizon de long terme plutôt que la réaction au dernier soubresaut des marchés. La résilience ne s'improvise pas. Elle se construit.

C'est le rôle que s'est donné European Mesopotamia Alliance : faire dialoguer les acteurs, réduire la part d'inconnu qui freine les engagements, ouvrir les portes et accompagner les projets qui laissent une empreinte durable, en Irak comme en Europe. La volatilité que révèle l'actualité n'est pas un argument pour attendre. C'est l'argument le plus fort pour agir.

L'Europe et l'Irak partagent bien plus qu'une histoire : ils partagent un avenir à bâtir. À l'heure où les certitudes se fissurent, le moment est venu de tendre des ponts plutôt que de les laisser à d'autres.

European Mesopotamia Alliance — Bâtir des ponts, ouvrir des avenirs.Karouby — Présidence du Bureau
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