
Alors que Bagdad annonce un retour de ses exportations de brut à leur niveau d'avant-guerre « d'ici un à deux mois » et que les analystes anticipent déjà un marché de nouveau excédentaire en 2028, l'Irak réaffirme son statut de fournisseur énergétique incontournable. Pour les acteurs économiques et institutionnels européens, les deux prochaines années constituent une fenêtre décisive pour construire des relations durables et responsables avec ce marché — avant que l'abondance ne redistribue les cartes.
Un redémarrage plus rapide qu'anticipé
Selon les déclarations du ministère irakien du Pétrole relayées par l'agence officielle INA et reprises par l'AFP, l'Irak estime pouvoir rétablir sa capacité d'exportation de brut à son niveau d'avant-guerre sous un à deux mois, à la faveur de la réouverture progressive du détroit d'Ormuz. La capacité de production de plusieurs champs pétroliers, réduite pendant le conflit, a déjà commencé à être relevée. Cette estimation rejoint celle des observateurs du marché : pour Jarand Rystad, PDG du cabinet Rystad Energy, l'essentiel de la production du Moyen-Orient peut être rétabli en environ quatre mois.
Le contexte rappelle la place centrale de l'Irak dans l'équation énergétique mondiale. Avant le déclenchement des hostilités, fin février 2026, le pays exportait environ 3,5 millions de barils par jour, dont l'essentiel transitait par le détroit d'Ormuz. Membre fondateur de l'OPEP, l'Irak demeure très largement dépendant de ses exportations de brut, qui représentent en temps normal près de 90 % de ses revenus. Au-delà de la dimension de marché, cette reprise s'inscrit dans une séquence de stabilisation et de reconstruction. C'est précisément dans ces phases que se nouent — ou se manquent — les coopérations de long terme.
Un choc absorbé, un marché plus résilient qu'attendu
Fait notable : malgré ce que les analystes décrivent comme l'une des plus fortes perturbations de l'approvisionnement pétrolier de l'histoire, les cours du baril n'ont pas flambé aussi haut que certains le redoutaient. Plusieurs facteurs expliquent cette résilience, selon Rystad Energy : des mécanismes structurels hérités des chocs pétroliers des années 1970 et de la création de l'Agence internationale de l'énergie en 1974 ; et un marché qui était déjà anormalement excédentaire au moment où le conflit a éclaté, après plusieurs mois d'abondance énergétique sur le pétrole comme sur le gaz.
La leçon est claire pour les acteurs européens : la sécurité d'approvisionnement ne se joue pas dans la réaction à la crise, mais dans la robustesse des relations et des dispositifs construits en amont. Les pays les plus exposés aux pénuries — notamment en Asie du Sud et du Sud-Est — l'ont compris et investissent désormais massivement dans leurs capacités de stockage et leurs partenariats d'approvisionnement.
Un marché que plusieurs pays convoitent déjà
La perturbation récente a rappelé une réalité que beaucoup d'économies importatrices avaient sous-estimée : l'accès durable aux ressources énergétiques reste un enjeu stratégique de premier plan. Or la concurrence pour le brut irakien n'est pas nouvelle — et elle est intense.
L'illustration en avait été donnée dès 2021, lorsque l'Irak avait lancé, via son entité publique de commercialisation SOMO, son premier appel d'offres de prépaiement pétrolier : un contrat de cinq ans portant sur le brut de Bassora, prévoyant le versement d'environ 2,5 milliards de dollars en échange de 48 millions de barils. L'opération avait attiré les grandes compagnies mondiales ainsi que des raffineurs chinois et indiens, le groupe public chinois Zhenhua Oil s'étant imposé comme l'un des favoris. L'accord avait finalement été gelé par Bagdad à la faveur de la remontée des cours, mais il avait révélé deux constantes durables : l'appétit stratégique des grands acheteurs asiatiques pour le brut irakien, et le rôle des mécanismes de financement dans la sécurisation des approvisionnements.
Pour l'Europe, le message est sans ambiguïté : si elle observe cette recomposition de loin, elle laissera d'autres puissances tisser les liens économiques et institutionnels qui structureront l'accès au marché irakien pour la décennie à venir.
Horizon 2028 : anticiper le retournement du marché
C'est ici que la perspective de moyen terme devient déterminante. Rystad Energy anticipe que le marché pétrolier « fera de nouveau face à un excédent massif de l'offre en 2028 ». Un tel retournement — d'un marché tendu vers un marché abondant — change profondément les règles du jeu.
Dans un marché excédentaire, l'accès au baril cesse d'être le facteur rare : il se banalise. Ce qui fait alors la différence, ce n'est plus la capacité à acheter, mais la qualité des relations construites en amont : la confiance institutionnelle, l'ancrage dans les réseaux décisionnels, l'engagement dans des projets d'investissement et d'infrastructure, la connaissance fine du cadre local. Les partenaires qui auront patiemment bâti ces relations entre 2026 et 2028 aborderont l'abondance en position de force ; ceux qui attendront devront se contenter de relations purement transactionnelles, fragiles et facilement remplaçables.
Autrement dit : la fenêtre dans laquelle se définissent les partenariats durables est ouverte maintenant. Elle se refermera à mesure que le marché se normalisera.
L'avantage de se positionner tôt
Les besoins irakiens couvrent l'ensemble de la chaîne de valeur énergétique et au-delà : extraction et services pétroliers, acquisition sismique, transport par pipelines, raffinage, mais aussi des segments en forte croissance comme la valorisation du gaz torché, la réduction de l'empreinte carbone et la modernisation des infrastructures associées. À cela s'ajoute, dans une logique de reconstruction, l'ensemble des besoins de développement territorial et économique du pays.
Les entreprises et institutions qui établissent un dialogue dès la phase de redémarrage abordent ces projets avec une longueur d'avance — sur la compréhension des interlocuteurs, des procédures et des priorités locales. Se positionner tôt, ce n'est pas spéculer sur une opportunité de court terme : c'est inscrire une présence crédible et durable sur un marché qui pèsera longtemps dans les équilibres énergétiques régionaux.
Le rôle de l'EMA d'ici 2028 : bâtir le pont avant le retournement
C'est dans ce contexte que l'European Mesopotamia Alliance (EMA) trouve sa pleine raison d'être. Association déclarée de droit français à but non lucratif, l'EMA se positionne comme une plateforme économique et institutionnelle de référence entre la France, l'Union européenne et l'Irak. Sa vocation n'est pas de se substituer aux acteurs économiques, ni de capter des relations ou des flux commerciaux : elle est de faciliter, mettre en relation et éclairer.
À l'horizon 2028, et précisément parce que le marché devrait basculer vers l'abondance, l'EMA agit comme interlocuteur institutionnel reconnu auprès des gouvernements, ambassades et organisations concernées (G2G, B2G, G2B) ; anime un réseau d'entreprises membres, d'investisseurs et d'experts sectoriels ; organise délégations, forums et rencontres de haut niveau ; et élabore des analyses sur les enjeux économiques et énergétiques de la région, afin que ses membres anticipent — plutôt qu'ils ne subissent — les évolutions du marché.
Cette action s'exerce dans le strict respect des principes d'éthique, d'intégrité, de transparence et de conformité qui fondent l'association — en particulier les règles applicables en matière de prévention de la corruption, de trafic d'influence et de gestion des conflits d'intérêts. La crédibilité d'un pont franco-européen-irakien repose précisément sur cette exigence.
Une opportunité à saisir, une coopération à construire
Le retour annoncé de la production pétrolière irakienne est d'abord le signe d'une stabilisation que chacun appelle de ses vœux. Il ouvre aussi une période décisive — les deux années qui nous séparent de 2028 — au cours de laquelle se dessineront les partenariats économiques de la prochaine décennie.
Pour les entreprises et institutions européennes, l'enjeu est clair : ne pas observer cette recomposition de loin, mais y prendre part de manière structurée, informée et responsable, avant que le retournement du marché ne change les rapports de force. L'EMA se tient à la disposition de ses membres et partenaires pour les accompagner dans cette démarche — au service d'une coopération entre l'Europe et l'Irak à la fois ambitieuse, durable et exemplaire.
- L'Irak anticipe un retour de ses exportations de brut à leur niveau d'avant-guerre d'ici un à deux mois
- Rystad Energy anticipe un excédent massif de l'offre pétrolière mondiale en 2028 — la fenêtre stratégique est ouverte maintenant
- Les acteurs asiatiques sont déjà très actifs sur le marché irakien : l'Europe doit s'y positionner sans délai
- Les partenariats durables se construisent dans la phase de redémarrage, avant que l'abondance ne redistribue les cartes
- L'EMA agit comme interlocuteur institutionnel reconnu pour positionner les acteurs européens en Irak avant 2028
Sources : ministère irakien du Pétrole (agence INA) et AFP, via Sud Ouest (20 juin 2026) ; Jarand Rystad (Rystad Energy) au Monde (20 juin 2026) ; Reuters (22 février 2021, contexte historique sur l'appel d'offres SOMO).
